Elevage du Hogan
des vents

LETTRE OUVERTE (25/07/2010)



« Lettre ouverte d’un berger sans troupeau à notre société de consommation et à ses élus »


EXPOSITION PHOTOS à Cruis, Alpes de Haute Provence

du 9 au 15 juillet 2010


« Chèvres de Lure, Hommage d’un berger à son troupeau disparu »


Pendant l’été 2009 Mathieu a photographié son troupeau de chèvres accompagné par ses chiens patous dans la Montagne de Lure. Au lever ou au coucher du soleil, les photos du troupeau expriment toute la beauté de la Nature environnante et la symbiose qui a existé de tout temps entre le berger, son troupeau, ses chiens et la montagne.

Cette exposition est le dernier hommage vibrant du berger à son troupeau condamné à disparaître dans une société où les paysans sont devenus des parias.


Voilà mon Histoire :

    Il y a 10 ans j’ai créé à partir de rien et fait vivre tout seul pendant tout ce temps mon exploitation agricole. J’ai investi tout ce que j’avais dans cette aventure, mon rêve d’enfant. Je n’ai pas bénéficié des aides à l’installation car à plus de 40 ans j’étais déjà trop vieux ! Pendant 10 ans j’ai travaillé en moyenne 70 heures par semaine et par tous les temps, dans la boue, sous la pluie, la neige, la grêle, de -13 °C à +35 °C. Plus de 15 heures par jour en été quand je gardais mon troupeau en montagne. Et ce sans jamais prendre un jour de repos ou un jour de vacances. J’ai créé avec passion et conviction un projet innovant et original, unique en France, avec ce troupeau que j’ai adoré chaque seconde passée.

J’ai vécu au rythme des saisons avec mes chèvres et mes chiens, une histoire fantastique, mais aussi extrêmement difficile moralement et physiquement. J’ai mis au monde des centaines de chevreaux plus beaux les uns que les autres, qui ont fait ma fierté, et que j’ai exportés dans le monde entier. Mais je les ai aussi vu tomber malades et mourir malgré tous les soins que je leur apportais. J’ai vécu l’existence de mes chèvres jusqu’à les accompagner au dernier jour de leur vie. J’ai été émerveillé devant mes nouveaux nés mais j’ai aussi beaucoup pleuré mes animaux disparus.

Au tout début j’ai acheté ma première ferme dans une agence immobilière à laquelle j’ai versé une commission. Mais la SAFER (Société d’Aménagement Foncier de l’Espace Rural), par agent interposé, est venue me voir et m’a menacé d’empêcher la vente si je ne faisais pas passer le dossier dans son administration en lui versant au passage une deuxième commission. Ils n’ont strictement rien fait pour moi, mais j’ai été obligé de payer. J’ai demandé l’aide d’un syndicat agricole pour me défendre … il n’a rien fait pour moi, éleveur avec un projet trop original … La SAFER ! Ces parasites de l’agriculture n’ont jamais rien fait pour m’aider si ce n’est me pousser pratiquement au suicide lorsque j’ai vendu cette première exploitation pour en racheter une autre à Cruis, mon village aujourd’hui. Ils m’ont « autorisé » à acheter cette deuxième exploitation tout en m’empêchant de vendre la première et je me suis retrouvé à devoir rembourser deux crédits en même temps alors la situation de mon élevage était déjà difficile. Les organisations professionnelles censées me protéger ont à peine levé le petit doigt pour prendre ma défense, une véritable honte.

Autre exemple, le CPIE des Alpes de Haute Provence (Centre Permanent d'Initiatives pour l'Environnement) a considéré que je n’avais pas assez « l’esprit paysan » pour m’inclure dans les « Itinéraires paysans » proposés aux touristes qui visitent notre département … et il a fallu que je crée tout seul ma propre communication. J’ai toujours reçu des compliments des visiteurs sur la qualité de mon élevage.


J’ai maintenant bien compris à quoi servent toutes ces nombreuses organisations agricoles qui gravitent autour des paysans … à rien … si ce n’est à justifier leur propre fonctionnement en créant des règlements et des obligations, tous plus absurdes les uns et que les autres, que nous devons respecter à la lettre sous peine de lourdes sanctions.


Il y a 30 ans, jeune étudiant, j’entendais dire que l’installation en agriculture était un parcours du combattant … 30 ans plus tard rien n’a changé, constat cuisant d’échec d’une politique qui pousse l’absurdité à des sommets d’incompétence.


Certains de mes voisins, pas tous heureusement, m’ont fait vivre un véritable enfer me menaçant des pires représailles parce que mon troupeau ou mes chiens les dérangeaient dans leur petite vie tranquille de retraités ou de fonctionnaires … alors qu’ils s’étaient installés dans des zones explicitement agricoles. Ils n’ont pas hésité à saboter délibérément mon travail en perturbant la tranquillité de mes troupeaux à de multiples reprises.

J’en ai perdu le sommeil …


L’ONF (Office National des Forêts) m’a chassé comme un vulgaire gibier, procès verbal à l’appui. Plutôt laisser brûler des centaines d’hectares embroussaillés que permettre à un éleveur et son troupeau de chèvres de nettoyer la forêt et de la protéger de la façon la plus écologique qui soit ... A moi tout seul et mes 80 chèvres c’est sûr j’allais détruire toute la montagne de Lure ! On pourrait presque en rire si ce n’était si dramatique. Cruis 2004, un an avant mon arrivée : 400 hectares de forêt sont ravagés par un incendie, les maisons du village sont léchées par les flammes, le coût financier pour la commune est monstrueux … et pourtant les bergers, qui existaient bien longtemps avant l’ONF, sont toujours aussi indésirables. Voilà comment une grosse administration, dont l’utilité reste à démontrer en matière de lutte contre les incendies de forêts, peut broyer en toute impunité un petit paysan et son troupeau.

J’en ai perdu le moral … et la santé …


Les administrations française et européenne m’ont assommé de paperasserie. Elles pratiquent un véritable terrorisme à l’encontre des éleveurs en leur imposant des contraintes de plus en plus insupportables, voire totalement irréalisables, avec force sanctions prévues en cas de non respect (et on paye des fonctionnaires pour imaginer ces sanctions et punir ces criminels de paysans qui ont l’audace de vouloir vivre de leur métier). Nous ne sommes plus que des numéros de dossier face à une administration inhumaine devenue une véritable machine à broyer la créativité, l’innovation et l’enthousiasme. Il a bon dos le fameux « principe de précaution » utilisé à toutes les sauces par des fonctionnaires irresponsables des conséquences de leurs actes. Pourquoi devrions nous accepter des lois iniques qui détruisent nos exploitations ?

J’en ai perdu la foi en mon métier …


A plusieurs reprises les Services vétérinaires m’ont empêché de vendre mes animaux à l’export, mon seul revenu, pendant des mois sous prétexte d’une réglementation européenne qui était censée enrayer la propagation d’une épidémie (FCO) … j’en ai crevé de faim mais l’épidémie n’a jamais été enrayée et a quand même gagné toute l’Europe. Pourtant les contraintes imposées aux éleveurs, totalement injustifiables, n’ont pas été levées. J’ai été incité à vacciner mes chèvres pour bien faire … et elles ont avorté … qui a payé l’addition ? Moi bien sûr. Aujourd’hui les services vétérinaires français mettent au tribunal les éleveurs qui refusent de vacciner leur troupeau ! Quelle honte qu’un pays qui traite ses paysans comme des criminels.

J’en ai été dégoûté d’entreprendre quoi que ce soit


Un vétérinaire il y a 5 ans a commis une dramatique erreur de diagnostic sur mon troupeau. Je me suis révolté devant son incompétence. Il a été totalement soutenu par ses collègues experts, eux aussi vétérinaires, qui m’ont traîné dans la boue « mais Monsieur Mauriès m’a-t-on dit vous n’avez pas d’ordre à donner à un vétérinaire ! » alors que justement mes demandes étaient totalement justifiées et auraient pu sauver mes animaux. La justice n’a pas encore tranché pour savoir qui des deux, de l’éleveur ou du vétérinaire, était le menteur … mais moi je le sais depuis toujours. Et je n’ai jamais été indemnisé de mes lourdes pertes et de la souffrance morale de voir mourir avec leurs mères dans d’atroces souffrances deux générations de mes merveilleux petits chevreaux.

J’en ai perdu toute confiance en la justice …


Après 10 ans je n’ai jamais réussi à gagner ma vie correctement, même les minima sociaux comme le RSA ne nous sont pas accordés à taux plein à nous les agriculteurs français, pourquoi ? Parce que nous sommes une sous population de la nation française, des « parias » ?

J’en ai perdu toute confiance en la solidarité …


2008, l’armée nous a joué les grandes manœuvres sur la commune sans prévenir qui que ce soit. Mon troupeau a été mis en déroute par un bataillon d’hélicoptères gigantesques faisant un bruit tellement monstrueux à même pas 50 m du sol que les chèvres ont cassé leur clôture pour s’enfuir. Elles sont aller se réfugier sous les râteliers dans la bergerie, entassées les unes sur les autres. Résultat : 20 chèvres ont avorté (elles n’ont des petits qu’une fois par an) et presque 2 ans de procédures pour obtenir une réparation loin du préjudice réel. L’armée m’a-t-on répondu quand j’ai dit mon indignation au service concerné à la préfecture ? Un état dans l’état … intouchable, ayant tous les droits. Liberté, égalité, fraternité ? Quelle foutaise …

J’en ai perdu l’envie de vivre.


J’en passe … et des meilleures … C’est la fin de l’histoire …


Ca vous dit d’être agriculteur ?


Aujourd’hui à 50 ans j’ai perdu mon troupeau adoré pour toutes ces raisons et il me faut repartir à zéro …



Madame, Monsieur, vous qui êtes allés jusqu’au bout de mon histoire. Vous avez peut être été touchés par ma détresse mais avez-vous réalisé que notre société de consommation, que Vous qui en faites partie, avez juste oublié que Nous les Paysans, les Hommes et les Femmes de votre Pays et de tous les Pays du Monde, vous nourrissons chaque jour !


Notre société soi disant « évoluée » est en train de nous éliminer tous sans le moindre scrupule pour des profits sans cesse plus importants de grandes multinationales en amont (semences, OGM, engrais, pesticides, herbicides, fongicides …) et en aval (industries agroalimentaires, grande distribution) de l’agriculture. Ces profits ont l’odeur de la charogne, ils violent nos terres et nos troupeaux, détruisent nos familles, poussent les hommes au suicide et nous emmurent vivants dans des voies sans issues cautionnées par une science sans conscience.


Et vous qui m’avez lu jusqu’au bout : des produits alimentaires bon marché voire bradés dans les rayons des super et des hypermarchés, c’est génial bien sûr !

A chaque fois c’est un Eleveur, un Agriculteur, un « Pays-san » qu’on assassine.


Nous sommes de moins en moins nombreux, nous sommes de plus en plus vieux, les jeunes veulent travailler 35 heures par semaine …


Que mettrez-vous dans vos assiettes lorsque nous aurons tous disparu ?



« La Paix est là où Nos Actes expriment Notre Cœur » a écrit une de mes Amies et cette lettre ouverte est un Acte d’Homme Libre au cœur brisé dans un monde devenu fou.


Mathieu Mauriès

Croix de Lumière

04230 Cruis

Une excellente lecture que je vous conseille pour comprendre tous les ravages de

« l’agriculture industrielle » et pourquoi il faut soutenir « l’agriculture paysanne »

La seule agriculture respectueuse des Hommes, des Bêtes et de l’Environnement.


« LA RIPOSTE DES PAYSANS »


de Silvia Pérez-Vitoria

Editions ACTES SUD

ISBN 978 2 7427 8796 8


DESTINATAIRES :


Monsieur Sarkozy Président de la République

Monsieur Le Maire Ministre de l’Agriculture

Monsieur N’Gahane Préfet des Alpes de Haute Provence

Monsieur Bianco Président du Conseil Général des Alpes de Haute Provence

Monsieur Castaner Président de la communauté de communes

Monsieur Moroso Maire de Cruis

L'ELEVAGE DU HOGAN DES VENTS - Dr Mathieu MAURIES
QUARTIER CROIX DE LUMIERE - 04230 CRUISTéléphone : 33 (0)4.92.72.25.41  Portable : 33 (0)6.99.54.22.86
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